Le destin prend quelque fois de petits détours avant de reprendre où il nous avait abandonné quelques temps auparavant.
Pour MARCEL ROBILLARD, le destin le remetterait sur le droit chemin de sa rémission face à son passé par une question.
Laissons-le nous raconter l'évènement : "...j'étais au garage en train d'effectuer une vidange d'huile lorsqu'un jeune mécanicien que nous venions d'embaucher s'est approché de moi et m'a considéré d'un air dubitatif. Il me demanda soudain comment, à mon avis, nous nous étions retrouvés en ce jour dans ce garage à réparer des autos. Selon lui, la vie devait avoir une signification plus profonde. Notre existence ne pouvait se résumer à venir chaque matin au travail et à regarder chaque soir la télé..."
Ce fut pour M. ROBILLARD un déclencheur.
"...des tas de questions me traversaient l'esprit (...) pendant un moment, j'ai senti un énorme vide qui s'ouvrait sous mes pieds comme un gouffre et fit monter des vapeurs de vertige (...) par quelle trahison de mon être m'étais-je retrouvé si loin de mes aspirations à mener une existence qui ne me ressemblait pas ? (...) le soir même...je me suis rendu à la bibliothèque municipale... j'avais un sentiment d'urgence...j'eus peine à croire que j'étais celui qui empruntait autant d'ouvrages de philosophie et de religion, de traités de spiritualité, d'essais sur les vies intérieures (...) les ouvrages qui ont le mieux orienté mon regard sur la vie portaient sur les philosophies religieuses axées sur les vies antérieures telles que le bouddhisme et l'hindouisme (...) j'avais toujours eu l'impression d'avoir vécu avant ma vie présente (...) a mesure que ma démarche progressait, une conviction profonde s'est installée : mon attachement envers TERRE-NEUVE et l'ANGLO-SAXON s'expliquait du fait que j'avais été le capitaine de ce bateau...un pan entier de l'existence venait d'apparaître qui donnait tout son sens au reste (...) le soir venu...je voyais la scène se dérouler sous mes yeux...j'ai revu s'abattre les voiles et sombrer le grand vaisseau, des corps givrés flotter dans les eaux glacées (...) j'avais déployé des efforts considérables dans le but de sauver le navire, les passagers et la cargaison...mais une voix intérieure me disait que j'aurais pu faire davantage...je ne m'étais jamais pardonné ce naufrage et ces morts...j'étais rongé par le remords depuis cent vingt ans (...) j'ai compris que je véhiculais toujours la charge émotive de cette tragédie et qu'elle avait influé jusqu'à ce jour sur l'ensemble de mes acter, de mes pensées, de mes décisions (...) libéré du fardeau de mes angoisses et de mes appréhensions, je me suis senti léger...j'étais comme neuf...j'avais retrouvé la force et le courage nécessaires pour retourner sur les lieux de la tragédie, réintégrer l'ANGLO-SAXON et mettre un second et dernier terme au voyage que j'avais entrepris cent vingt années auparavant..."



